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Risques dus à la COVID-19 dans les chaînes de valeur alimentaires : résumé du webinaire

Bien que les systèmes mondiaux alimentaires soient restés résilients malgré la pandémie de COVID-19, les systèmes régionaux et locaux, notamment dans les pays en déficit alimentaire, font face à de nombreux défis. Ces derniers incluent une réduction du pouvoir d’achat, des perturbations dans les chaînes de valeur domestiques, et une augmentation des prix des importations de par l’augmentation des prix mondiaux, d’après le dernier rapport AMIS de contrôle des marchés. Comprendre la façon dont la COVID-19 affecte les chaînes de valeur mondiales et locales est nécessaire afin d’établir des réponses politiques permettant de réduire les impacts néfastes de la crise sanitaire actuelle. Un séminaire récent sur les risques liés à la COVID-19, organisé par le programme de recherche du CGIAR sur les politiques, les institutions et les marchés (PIM) et par le portail sur la sécurité alimentaire, étudiait les résultats de diverses études sur la façon dont les chaînes de valeur alimentaires réagissent face à la COVID-19. 

Le séminaire était animé par Nicholas Minot, chercheur senior et directeur adjoint du département des marchés, du commerce et des institutions de l’IFPRI, et co-directeur de la recherche du PIM sur les chaînes de valeur inclusives et efficientes.

La première oratrice fut Kalle Hirvonen (IFPRI), et discuta de la consommation alimentaire et de la sécurité alimentaire pendant la pandémie à Addis-Abeba, en Ethiopie. Malgré sa population importante, le pays a un taux faible d’infection à la COVID-19. Les actions rapides mises en place par le gouvernement, incluant la distanciation sociale et l’expansion des filets de sécurité sociale, ont contribué à l’endiguement du virus. L’Ethiopie n’a jamais été entièrement confinée, ce qui peut expliquer les résultats positifs de l’étude sur la sécurité alimentaire, d’après Mme Hirvonen.

L’étude en elle-même a utilisé des enquêtes ménages qui ont débuté avant l’explosion de la pandémie et qui ont été terminé par téléphone pendant le mois d’août 2020. Les enquêtes mettent en avant des changements dans les revenus, l’alimentation, et la sécurité alimentaire au sein de 600 ménages habitant dans la capitale Addis-Abeba. Plus de 50 pourcent des personnes interrogées ont reporté une perte de revenus pendant la période d’analyse, et les ménages les plus pauvres ont fait face aux pertes les plus importantes. Cependant, les scores de diversité alimentaire des ménages n’ont quasiment pas changé suite à la pandémie.

"Même les ménages les plus pauvre à Addis-Abeba ont une alimentation plus diversifiée que ceux que nous voyons d’habitude dans les zones rurales," explique Mme Hirvonen.

L’étude montre également que bien qu’il n’y ait pas eu de modification dans le budget alimentaire des ménages ni dans la consommation totale de calorie, les produits que les ménages ont consommé pendant la pandémie ont changé. La consommation de fruits et de légumes, périssables et plus chers, a diminué entre septembre 2019 et août 2020. Au même moment, la consommation de produits de base, moins chers, a augmenté. Ce résultat est confirmé indépendamment de la perte de revenus ou de la perte d’emploi des ménages.

De manière générale, Mme Hirvonen a conclu que ces résultats montrent que les réponses rapides du gouvernement et le respect par la population des mesures de prévention contre la COVID-19 ont permis à l’Ethiopie d’éviter un scénario de confinement total qui a été mis en place dans de nombreux autres pays. Ceci pourrait avoir éviter les perturbations sur les chaînes de valeur alimentaires locales et permis aux systèmes agricoles de l’Ethiopie de rester résilients face à la pandémie.

Ensuite, Sudha Narayanan (Institut de recherche en développement Indira Gandhi) a mis en avant les réponses des chaînes logistiques alimentaires et agricoles en Inde aux mesures de confinement strictes mises en place dans le pays.

Le gouvernement indien a imposé un confinement national assez tôt dans le développement de la pandémie mais l’a fait de manière si soudaine et stricte que cela a eu un impact immédiat négatif sur les chaînes de valeur agricoles et alimentaires. Les pêcheurs qui allaient en mer un jour se sont rendus compte le lendemain qu’ils ne pouvaient pas vendre leurs poissons car les marchés avaient été fermés. Le camions transportant de la nourriture à travers le pays ne pouvaient plus passer les frontières entre les états et ont souvent simplement abandonné leurs colis. Les travailleurs migrants ne pouvaient plus se déplacer, ce qui a engendré des manques de main-d’œuvre dans les zones rurales.

"C’était…cataclysmique en termes d’impacts sur la vie des gens," note Mme Narayanan.

Les perturbations au niveau des transports et les manques de travailleurs dus au confinement ont donné lieu à une réduction de l’offre et de la demande pour les produits alimentaires et agricoles. Ces défis ont augmenté le risque et les coûts associés aux opérations logistiques. L’arrivée sur les marchés de 40 produits alimentaires étudiés a drastiquement diminué, et les prix reçus par les producteurs pour leurs ventes ont sombré. Au même moment, les prix des produits alimentaires pour les consommateurs ont augmenté de manière significative dans les zones urbaines. Ces frictions dans les chaînes de valeur ont continué pendant tout l’été, même après que les mesures de confinement aient été levées.

Mme Narayanan a conclu en notant plusieurs points importants. Tout d’abord, le gouvernement joue un rôle important dans la disponibilité et l’accessibilité des produits alimentaires en Inde. Il procure un volume important de produits de première nécessité, notamment de céréales, qu’il distribue via des systèmes de sécurité sociale ; ces programmes ont permis de conserver des prix des produits alimentaires de base à peu près stable pendant la durée du confinement. Deuxièmement, les ventes informelles de produits alimentaires de base ont également été cruciales pendant cette période, et ont permis aux producteurs et aux consommateurs pauvres d’être plus résilients face aux perturbations des chaînes de valeur. Cependant, malgré ces canaux, les dépenses globales alimentaires ont diminué de 12 pourcent entre mars et juillet. Bien que les prix aux producteurs soient revenus à la normale, l’inflation sur les marchés agricoles et alimentaires continue d’augmenter.

"Nous avons à la fois une crise sanitaire et une crise économie et nous devons observer attentivement la façon de ces dernières se développent," conclut Mme Narayanan.

Le dernier orateur fut Ben Belton (WorldFish/Université du Michigan). M. Belton a présenté des résultats sur l’impact de la COVID-19 sur le secteur de la pêche au Nigéria. L’étude en question utilisait des enquêtes réalisées fréquemment par téléphone afin d’obtenir des données liées à la production de poissons, aux prix, à l’accès des producteurs à certains entrants, et aux aides fournies à ce secteur.

Les enquêtes identifiaient plusieurs effets de court-terme des mesures de confinement mises en place au Nigéria (qui ont duré 3 à 4 mois), dont la difficulté d’acheter ou de vendre du poisson ou autre produits liés et la difficulté d’obtenir des moyens de transports pour ce type de produits. Les impacts du confinement sur l’accès des acteurs de la chaîne alimentaire de la pêche aux entrants ont duré longtemps, mais la demande de poisson et produits similaires a été confronté aux conséquences les plus longues et n’est pas encore entièrement revenu à la normale. Ainsi, il y a eu un effet de décalage suite au choc initial.

L’emploi dans le secteur de la pêche a grandement diminué suite à la COVID-19 et aux mesures de confinement au Nigéria. Les employés ne pouvaient pas allés travailler à cause des contraintes de déplacement et des perturbations sur les réseaux de transports publics ; au même moment, les ventes plus faibles ont obligé de nombreuses entreprises dans ce secteur à suspendre leurs activités et à embaucher moins de personnes.

M. Belton a mis en avant le fait que les défis auxquels le secteur de la pêche du Nigéria fait face ont évolué au cours de cette période. Au début du printemps, les mesures de confinement et les contraintes de déplacement représentaient les défis les plus importants pour le fonctionnement du secteur. En septembre, le plus grand défi était le manque d’entrants et l’augmentation des prix de ces derniers. Ces résultats prouvent, une fois de plus, l’effet de décalage existant des impacts de la COVID-19.

De plus, la chaîne de valeur de la pêche a reçu très peu d’aide pendant la pandémie : moins de 2 pourcent des personnes enquêtées en avril ont reporté avoir reçu de l’aide. D’autre part, la majeure partie des aides a été reçue par l’industrie de la pêche de manière informelle (famille et amis) et non pas par les programmes gouvernementaux ni par les ONG.

"Nous avons pu voir que les filets de sécurité des gouvernements n’ont pas été implémentés,"  explique M. Belton. "Nos recommandations sont donc de résoudre ces points lors des crises futures."

Le séminaire s’est terminé par une série de questions/réponses et de remarques conclusives de Frank Place (directeur du PIM), qui a mis en avant l’importance des études discutées lors du webinaire.

"Les impacts dans ces pays auront des retombées régionales et mondiales," a conclu M. Place, "il est donc important de comprendre les effets de la COVID-19 et les réponses des gouvernements de ces trois exemples."